dimanche 6 mars 2016

Ecoute...


Si je devais perdre un sens, ce serait la parole, pour être simple témoin. Porter la vertus du regard au rang d'art. Le regard que l'on jette sans attache, fuyant le port de notre orgueil, glissant sur toutes les vagues.

Je n'ai plus peur de la souffrance

Je n'ai plus peur de la souffrance. Elle est le signe que quelque chose émerge en nous. Chaque chute, chaque humiliation, chaque abandon, chaque crainte peuvent nous apprendre un peu plus l'art du détachement. La douleur est source de dépassement de soi et d'apprentissage si nous l’observons avec confiance. Il ne faut pas l’étouffer, au risque qu'elle persiste avant de s'enfuir dans une région de notre être. Il sera alors difficile de lui remettre la main dessus, elle n'aura plus l'occasion de se muer en sagesse. Il faut se laisser porter, aimer chaque sentiment comme un nouvel acte de notre passage sur terre. J'ai 26 ans et j'apprends à aimer toutes les parties de ma sensibilité.



mercredi 24 février 2016

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"Mademoiselle C., quatre ans, célibataire": le notaire a lu cette phrase comme toutes celles qui la précédaient, sur un ton morne, sans éclairer sa voix par un sourire, insensible à cette fantaisie nichée dans l'arbre creux du langage administratif. Il était atteint par la maladie propre à ceux qui se confondent avec la place qu'ils tiennent dans la société: le sérieux fige leurs traits, la raideur gagne leur corps puis leur âme, ils sont devenus leur propre statue et plus rien ne les fera descendre de leur socle que leur mort.
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Christian Bobin

lundi 22 février 2016

Je lis les mots des autres pour me laver de ceux, captifs, qui me serrent le ventre, m’empêchent de contempler. Je lis pour l'éveil, mais l'éveil se produit quand je relève la tête, lorsque des mots n'existent plus et qu'une emprunte discrète ouvre tous mes sens. C'est sans le vouloir, dans ce silence médian, que naît l'espace d'une compréhension. Les mots servent alors de témoins pour l'invisible, une entité insaisissable qui nous transperce tout le temps. Ils offrent à l'imaginaire un peu de ciel, attendrissant le regard que l'on porte sur les choses. Alors s'enclenche le cycle d'une nouvelle compréhension, d'une nouvelle rencontre avec le fond de moi même, là où, épargné d'un Moi illusoire et plein d'orgueil, l'image du monde demeure intacte.

dimanche 21 février 2016

Je te souhaite un jour de te sentir seul au point de te satisfaire de toutes les présences, fût ce celle d'une poule. Lorsque celle ci réagira à ton passage, admettant que tu existes, tu entendras peut être un écho. Ce jour là, tu ne limiteras plus l'individu à l'humain mais la définiras par cette présence qui est un acte.

Sur l'eau, on peux observer des oiseaux jouer, tourner en rond, chercher l'attention de leurs congénères, et tu saisiras peut être qu'il ne s'agissait pas seulement d'un réflexe de survie que l'orgueil humain aime différencier des siens, mais que peu de vivants se complaisent dans l'isolement.

Ce jour de grande solitude, ta vision de l'autre sera bouleversée. Tu n'aimeras plus seulement te pavaner avec des certitudes et tu tiendras ton silence pour qu'il contemple sans plus blesser une parole qui lui échappe, ce savoir qui précède toute pensée: La présence est un acte. Tu ne penseras plus à l'humilité quand tu te tairas au point de descendre plus au fond de toi: l'image limpide du monde s'y reflète. Tu t'assiéras dans l'éternité du présent, presque dans la paix d'un dieu.

Car si naît en toi la conscience la plus difficile, alors tu agiras aisément sur le plus simple. L'on te critiquera toujours car c'est une habitude, et tu sauras te démarquer des reproches. Mais il te restera encore le challenge le plus grand de tous: tolérer leur ignorance.

Quand tu seras seul au point de protéger l'arbre et la fourmis, tu comprendras tout en même temps l'amour, l'harmonie, le courage, la responsabilité... Tu saisiras peut être que tous tes actes proviennent d'un pouvoir, d'un don merveilleux et terrible, le plus influent que la nature ait prodigué à des animaux : L'humain peut tout détruire. L'humain peut protéger.

La présence est un acte de vie. Protéger cet acte envers et contre toutes les ignorances est la plus belle des reconnaissances. L'empathie n'est jamais une erreur.

jeudi 18 février 2016

Harmonie et chaos

La totale lumière annihilerait toutes les nécessités. C'est pour cela que tout est périssable. La nécessité à toujours été le sens de la vie. L'instinct de survie, le désir sexuel, l'amour... tous témoignent de pulsion de vie et de mort. Les voies de création et de destruction se font sans cesse écho. La matière se charge de ce que nous n'osons appréhender. En philosophie, nécessaire signifie: inévitable. 

Le socle de toute chose est le mystère, la cause de toute chose est son questionnement. Le doute, la peur, intimement lié à leur contraire, font partie intégrante de notre "liberté". Elles en sont la condition sine qua non et lui donne toute sa profondeur. L'infini qui nous échappe est la vie même, son mouvement fondamental. Les croyances les plus contradictoires ont toutes chances d'y trouver refuge. Le jugement n'est qu'un consensus et le savoir est minuscule. L'esprit est trop codé, trop structuré. Le mental tire des conclusions car il est une conséquence, mais l'âme est le mystère. L'esprit devient pont fragile lorsqu'il voue son énergie à plus que lui même, lorsqu'il reconnait son énergie comme étant au delà de lui même, abandonnant tout désir d'accaparement: s'abandonner. L’inflexion de l'abandon brise une à une les parcelles du pont qui surplombe le gouffre du mystère.

Il y a des doutes finit, terrestres, palpables, rapidement résolubles. Il y en a d'autre, si l'on croit les avoir élucidé, c'est que l'on ment. Résoudre n'est pas le nom de la vie mais celui du désir. Le nom de la vie est mystère.
Rien n'est grave si on a vécu avec passion! Le drame c'est de s'être résigner à vivre sans prendre aucun risque, de n'avoir jamais pu dire à la vie, c'est le bordel ici, mais vivre est grandiose, et avant de mourir je veux te le rendre en libérant l'amour pour qu'il déborde de partout comme j'aime qu'il déborde de moi. Ce n'est pas par devoir, je le ferais avec plaisir car la vie est une putain de merveille.

Tout est merveilleux. Ça demande un vrai effort de déconditionnement pour s'en apercevoir. Tout est merveilleux. Même les "erreurs" entraîne la vie, une suite de réactions transitoires, d'interactions perpétuelles. Tout disparaîtra, tout transformera. Vive la vie, vive la mort, si tu aimes!