vendredi 14 juin 2019

Ce que je trouve merveilleux dans les films historiques, lorsque leur façonnage est un minimum consciencieux, c'est de pouvoir contempler toutes les mœurs, les codes vestimentaires, les attitudes, ce qui apparaissait comme importants et qu'aujourd'hui on considère de manière anodine ou, au contraire, ce qui n'est plus une bagatelle de nos jours alors que personne n'avait l'air de s'en préoccuper à l'époque, puis de découvrir un nouvel univers de comportements, de mots, d'idées et d'affects... marquant l'individu d'hier et d'aujourd'hui d'une évidente différence. Ce que je trouve encore plus merveilleux dans les films historique, au milieu de tout ce travail de recherche et de constitution d'un décors d'époque crédible, au milieu de la bourgeoisie londonienne du XIXe siècle, au milieu du tapage antique des puissance romaines, au milieu de la mégalomanie des empereurs et pharaons etc... ce sont les chiens, les chats, tout ce qu'il y a de plus normal, la même dégaine depuis dix mille ans, les même qu'aujourd'hui, les seuls à constituer un lien permanent dans mon esprit entre le monde d'aujourd'hui et celui d'avant. Les chiens, les chats, ou tout autre animal, me rappelant que l'humain est une branche de l'évolution assez prolifique, carrément hystérique, contrasté dans sa névrose.

jeudi 13 juin 2019

Peur de vivre

J'ai 8 ans. Mon petit frère, mes parents et moi même rendons de temps en temps visite à des cousins. Je suis anxieux à chaque fois. A cause du chien. Il est gros, il a le poil sombre, le museau large, ses yeux ne sont que ténèbres indistinctes, envahissantes et reluisantes pupilles affamées se jetant à la gorge du moindre espace visible. Lorsque nous arrivons, je sens qu'il me cherche, approchant à pas feutrés, venant se repaître de ma peur. Complètement captivé par ma chair tremblante et vulnérable, il me fixe goulument et grogne d'excitation dans ma direction. Ses maîtres le rouspétent et tente de me rassurer en l'éloignant. Mais je devine sa présence chaque fois que je m'éloigne un peu trop d'un adulte. Je ne peux rien faire pour améliorer cette situation alors je me fais le plus discret possible, craignant d'être trop prêt de lui. Le fils de la famille, de quinze ans mon ainé, se moque un peu de moi. Il bouscule le clébard, le prend sous son bras et lui enfonce même la main dans la gueule pour me montrer qu'il a le dessus, que le chien est docile. Tu parles. Il vit avec ce chien depuis des années, le dépasse de plus d'un mètre et sait pertinemment qu'il a le dessus. Une infinie distance sépare nos expériences. Il ne peut se rendre compte de cette intime certitude que son chien et moi partagons: mon attitude de proie excite ses instincts de carnassier. Il n'est pas de ses races qu'on peut pousser du pied, de celles qu'on peut cacher dans un sac pour prendre le bus, de celle qui ont éminemment besoin des humains pour les protéger. C'est l'inverse. Il est de celle qui apporte à leur maitre une sécurité supplémentaires, de celles qui peuvent aisément survivre une fois abandonnées, de celles dont les instincts n'ont jamais été amoindris par un rabougrissement génétique. Personne ne le surveille une fois qu'il ne grogne plus. Je suis littéralement tétanisé. Il rôde. Je le sens toujours quelque part, me fixant avec attention. Bien sûr il ne m'attaquera pas, mais, du haut de mes 8 ans, je sais parfaitement que seuls les circonstances l'en empêchent. Aucune analyse d'adulte ne peut supplanter cette intuition profonde: je suis tout ce que ce chien aurait voulu chassé s'il avait quitté le confort domestique et la promiscuité humaine. 

 

Au fur et à mesure que je grandis et que mon rapport aux choses se transforma, parfois ostensiblement, j'observais toujours cette ignorante condescendance de beaucoup d'adulte à l'égard des angoisses du monde. Je la vis prospérer au sein des familles, quand les parents méconnaissaient le soucis de leur enfants et inversement, mais aussi au cœur des couples, quand hommes et femmes se déchirent pour leur vérité, parfois affublant leur ancien compagnon de terribles intentions en concluant que finalement, il ne devaient s'agir que de pervers narcissique. Et finalement,  je la vis faire ses ravages, davantage que nulle part ailleurs,  dans notre irrésistible désir de pouvoir sur l'ensemble du règne animal. Depuis les fondement de nos sociétés et malgré notre historique besoin de justice et d'harmonisation, nous sommes largement restés convaincus que les non humains n'avaient pas conscience de ce qui leur tombait dessus et qu'il pouvaient paître tranquillement. Pour avoir vu, durant une vente de bête, un énorme buffle d'élevage tenter de s'échapper puis s'arrêter net devant un éleveur maigrichon qui lui faisait barrière, je suis certain que chaque animal de zoo, d'élevage ou de laboratoire se soumet par peur, restant tranquillement dans un coin pour ne pas attirer l'attention et ne pas se faire emporter à son tour dans un endroit qu'il ne devine pas. Mais la mort, elle, ils la devinent, ne serait que part l'impuissance éprouvé dans chacun de leurs instincts contrôlés par l'homme. A force, peut être s'y habituent t-ils, peut être même deviennent-ils patients. Pourtant, tous se débattent quand ils comprennent que leur moment est venu. Je ne pense pas que ce soit par un mécanisme très différent de celui de l'humain. L'instinct de survie auquel certains aiment réduire les animaux est tout simplement un désir de vivre, le même que le notre. Tous les animaux aiment la liberté et aucun ne choisirait d'être cloisonné, utilisé, manipulé par une autre espèce, pour finalement mourir entre des murs. L'enfermement est la pire des abominations auquel l'humain se soit habitué, m'est avis.

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jeudi 10 janvier 2019

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure qui soumet vos enfants à l'idéologie capitaliste. Tous les ans c'est la même pitrerie: Une queue de parent tenant leur jeune enfant, patiemment offert au rite le plus absurde qui soit: Sous le couvert de la tradition, vous assiérez votre gosse sur les genoux d'un sombre inconnu, payé pour jouer le rôle d'un faux père noël, payer pour tromper votre progéniture et asseoir à travers ses fantasmes l'idée sacralisée d'un matérialisme ponctuel, hors de l'ordinaire, un événement en soi, comme le visage de l'altruisme et du partage. Pire, surpris dans son plus jeune âge, alors que l'esprit de votre enfant sera encore tendre et malléable, vous participerez inconsciemment à sa mise au fer quasi définitive. Accaparé par tout le folklore plein de promesse qu'on lui fera chaque année, l'enfant ne tardera pas à devenir accroc. Et tel un addict qui parfois souffre de période sans drogue, votre enfant ne verra pas l'absence matériel comme la conséquence d'une privation, d'une anémie budgétaire ou d'une imponctualité calendaire, mais comme cause de sentiments troubles, frustres et égoïstes subtilement camouflés par cette attente bienheureuse de l'évènement matérialiste. Ce que vous apprendrez à votre gosse en l'asseyant là, c'est que toute la magie du monde est contenue dans un catalogue. Et vos enfants auront beau paraître sain quand ils grandiront, leur santé sera toujours dépendante de cette compensation matérielle que vous leur aurez imposé en les asseyant sur les genoux d'un personnage qui n'existe que parce que vous n'avez aucune meilleure histoire à leur raconter que tous ces usages auxquels il vous est plus facile d'avoir recours. C'est le type de relation que vous aurez choisi pour votre enfant. Vous n'aurez pas souhaité le meilleur pour lui. Vous lui aurez imposé votre mieux à vous. Vous serez son mentor dans le même asservissement qui vous limite. Une illusion. Une ombre. Je ne vous en veux pas. Dieu sait si la liberté, seuls les décharnés l'atteignent dans ce monde. Tout ce qui vous est offert, c'est de devenir conscient de vos chaines, pour devenir conscient du peu de choses qui vous rendent heureux dans cet amas d'imperfections.

mardi 20 novembre 2018

Un éleveur aime son bétail.

On ne dit pas d'un éleveur qu'il aime ses animaux. On dit ce genre de chose pour une personne aimant son chien ou son chat. Elle a perdu du temps et de l'argent pour leur bien être, elle a essayé des les comprendre, de faire cohabiter leur différence, de communiquer. Elle les a accompagné jusqu'à leur mort, et elle a pleuré quand ils sont partis. Elle ne les a pas fait naître et vivre dans un enclos dans l'attente qu'ils soient pesés, abattus et suspendus par des inconnus en tablier. Elle n'a pas pris leur lait pour le vendre, ne les a pas dresser pour jouer dans un cirque, contraint à l'enfermement et à une batterie de tests, soumis à ses objectifs de productivité financière. C'est le contraire. L'éleveur a fait ça. Un éleveur n'aime pas ses animaux. Il aime son bétail. Il aime ses esclaves.

mercredi 24 octobre 2018

Mer nacrée, évanescence astrale derrière l'horizon. Debout sur mon bateau, je remarque à peine le paysage, sa substance reste périphérique, je me complais dans une semi contemplation, imaginant la poésie, ses couleurs, ce que le mot même m’évoque, et pourtant, je pressens mon erreur, trop satisfait par cette absorption, ou trop insatisfait, je n'en sais rien. Le vent se fracasse contre les voiles de mon navire tendu, les voiles de mes pensées. Et puis merde, même quand je crois ne plus imaginer quoi que ce soit, il faut que je sonde benoîtement cette étendue de flotte tout autour de moi, c’est à dire, partout où je ne suis pas. Je suis debout dans une coque, je glisse entre vents et eaux, mais la contemplation que je leur voue tremble sous les afflux de mon mental. Et moi, qui je suis dans tout ça? Les vents contraires sont les artères du ciel, fleuves et rivières sont ceux de la terre. Tous se jettent dans l’océan, cœur de mes songes. Je ne sais pas voler, je ne sais pas voguer, mais je peux couler. Je ne tends plus la voile, le navire est en proie d’une indicible prostration. Le poids du bon sens fait craquer le navire durant des jours, perce la coque de toute part. L’eau engloutit le bois gondolé au compte goutte et le bateau chavire si lentement qu'on le croirait attaché à des milliers et des milliers de fils se rompant les uns après les autres. Plusieurs saisons ont passé, et la pointe du mat embrasse presque la surface miroitante de l'eau. Une oreille contre la mer pour sonder le bruit de ses entrailles, mon navire s'enfonce tranquillement, comme dans une épaisse boue. Bientôt, nous seront immergés. Le monde n'existera plus jamais à mes sens. Indolent, le navire s'éloignera de moi, l'océan nous séparera: des jouets perdus dans son immense chambre. Disparaissant dans l'abîme, les maigres rayons du soleil me désigneront l'unique trajectoire. Plus au fond encore. Je coule, je m'absorbe, je comprend mon inconsistance. Le silence qui se tenait tout à l'heure à distance de moi pénètre désormais chacune de mes cellules. Je croise un gigantesque mirage dont les gouvernails de chair me font songer à l’homme que je tentais d’être. Son chant d’orgue convie ma solitude à un abandon définitif. Je glisse goulûment durant un siècle, un millénaire, trois secondes. Le temps est devenu une chose impossible, une chose qui se décompose mais résonne toujours, ou bien dort t-il profondément. Chut... Là haut, le jour ne se lèvera plus. La croûte terrestre respire avec tant de délicatesse... Personne ne s'en était aperçu. Le sable gonfle et roule dans un sillon ridicule pour y disparaître. Je m'y engouffre. Et glisse, et coule, et glisse, et coule dans l’espace insondable, spectre infini dont l’océan n’était qu’une variation terrestre. Mon corps s’est dissout en traversant des étoiles. Le chant d'orgue s'est accroché au pan de ma chute et m'accompagne, à peine perceptible, vibration douce et pleine de langueur subjuguant les abysses, œuvrant des énergies sidérales :

Les bateaux quelques fois, n’ouvrent point élancé, n’attachant pas les voiles et subissent pensées,

Les grands mats des paquebots, sont tuyaux de poussières, qui s’abattent roseaux, aux couleurs prisonnières,

Sous la plage de sable, éloigné de toute onde, douloureux animal, caressé par la trombe.

Enfant intérieur

"Trouver son enfant intérieur" et "faire l'enfant" - expression injuste sous entendant un lien intrinsèque entre enfance et comportement puéril - sont des choses distinctes. "Trouver son enfant intérieur" ne s'agit pas de se rouler par terre en hurlant pour exprimer son mécontentement, de péter dans le nez de son copain pour la blague ou d'enfermer sa copine sur le balcon par temps de gel, mais d'apprendre, ou plutôt de désapprendre ce qui nous empêche de trouver du plaisir dans les choses simples, des activités solitaires autant qu'à plusieurs, et de cultiver l'innocence sincère pour toujours se laisser surprendre par les déguisements que la vie aime porter, rompre avec nos schémas immuables remplis de préjugés, abandonner une bonne partie, voir la totalité, de nos attentes et désirs de contrôle. Trouver son enfant intérieur c'est le réinventer, le ré-enfanter avec le monde, et donc d'ouvrir tout notre être au présent qui est l'organe reproducteur suprême de l'âme.

Pensées

Les pensées font s'échapper du présent. Le présent fait s'échapper des pensées.

La nostalgie est la faculté d'oublier les mauvais moments.

Se défendre de tout est une forme d'apitoiement.

En ne renonçant à rien, on s'abstient de choisir.

L'absence de soi et s'abandonner à quelque chose sont deux choses distinctes et contraires.

Ils disent que la société tue notre créativité. Peut être. Mais c'est aussi nous qui l'abandonnons.

La pudeur c'est aussi vouloir rationaliser les émotions, chercher à tout décortiquer avec des mots plutôt que vivre le grand vertige de la vie.

Douter et croire sont la même chose. La vie c'est : à quel point puis je accepter de n'être sûr de rien?

L'humain, ce grand mur, ce grand instable, ou bien cette libération, ce ciel.

J'ai vu la douleur cacher un potentiel bien plus lié au bonheur qu'on le pense. Celui qui n'a jamais souffert est pauvre.

Accepter les choses telles qu'elles se présentent ou bien croire en un réconfort post mortem, chacun sa stratégie.

Il y a des choses que je n'ose leur dire par crainte de frustrer ce qui habituellement flatte leur égo.

Plus tu vieilli, moins tu t'éloignes de tes propres lois, moins tu es prompt au changement. Tu t'observes faner de l'extérieur, alors ton esprit pense aussi dépérir, et tu nourris ta lenteur comme l'ultime crédo qui le retiendra.

Luttent contre le pouvoir ceux dont la liberté en souffre, où qui en ont souffert de sorte que leur mémoire en ait gardé l'indélébilité.

Le vrai pouvoir ne lutte jamais. Sitôt il le fait qu'il est en chute. Le pouvoir se maintient tant qu'il ne l'oublie pas.

La pensée est lutte.

Les choses nous dérange seulement dans nos limites.

La lâcheté n'est pas de la peur, mais une réaction à celle ci. Il en existe une autre: Le courage, n'existant pas sans la peur.

Les enfants n'ont pas besoin de faire le ménage. Seuls les adultes l'ont.

Les adultes ont beaucoup de besoins auprès des enfants mais se convainquent de l'inverse, comme un citadin peut se convaincre de la médiocrité de vie d'un campagnard.

L'humilité provient du respect de l'impermanence.

L’indifférence est parfois un masque modelé par le sentiment d’impuissance

Il n'y a que Dieu qui puisse juger... idée complètement absurde. Il n'y a que Dieu, être omniscient, qui puisse savoir qu'absolument personne ne peut être jugé.